none of your business

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Je peux arrêter le temps

# Posté le vendredi 22 janvier 2010 17:17

Bourgeois Shangri La - Miss Li

Alex savait que Lili était incapable de faire la grasse matinée. Si elle restait au lit jusque dix heures, elle avait un mal de tête terrible. Quand ça lui arrivait, elle mangeait des amandes. C'était son remède bio contre les migraines. Une douzaine d'amandes, et puis elle n'avait plus mal après une vingtaine de minutes.
Alex se retourna sur le dos. Il s'étira comme un chat et ne fut pas surpris de voir qu'il pouvait prendre toute la place dans le lit. Il jeta un coup d'½il au réveil. Il était dix heures vingt et une. L'appartement était silencieux, entrecoupé de miaulements de Socrate.

Socrate, c'était le chat idiot par excellence. Lili soutenait que tous les chats étaient aussi peu malins, mais Alex était persuadé qu'ils avaient hérité du plus con. Socrate, c'était le genre de chat qui gloussait et qui courait après sa queue. Un imbécile, quoi.
Alex se rappelait que Lili l'avait appelé Socrate en l'hommage de Ionesco et de son fameux syllogisme. Tous les chats sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chat. Ouais. Alex était dubitatif. Tout ce qu'il savait, c'était que Socrate était mortellement arriéré.

Enfilant un peignoir, Alex se traîna jusqu'à la cuisine, baillant et trainant les pieds. Il fouilla dans les vinyles, mis le trente-trois tours d'Iron Butterfly sur le tourne-disques. Puis il sifflota les premières notes d'In a gadda da vida. C'était un réflexe. Il ne pouvait pas prendre son petit déjeuner sans écouter de la musique. La radio l'énervait parce qu'il n'y avait jamais la musique qu'il aimait. Il était très pointilleux sur peu de choses, mais la musique, c'était vraiment important qu'elle soit comme ça, et pas autrement. Psychédélique, rock, bizarre. Lili n'en raffolait pas, mais elle aimait bien, de temps en temps. Pas toujours - il fallait que certaines circonstances soient respectées - mais de temps en temps, oui.

Socrate quémandait sa pâtée en miaulant par paquet de douze.
« Oui, oui, attend un peu... »


La cuisine sentait bon le pain perdu. Mais aucune trace de Lili. Alex fronça les sourcils. C'était étrange, et plutôt inquiétant. Quand Lili partait quelque part, elle laissait toujours un mot sur la table de la cuisine. Là, il n'y avait rien. Alex se pencha et regarda sous la table, pour vérifier si aucun post-it n'était tombé. Rien sur le parquet. Socrate vint se frotter contre ses cuisses.
« Mais laisse moi tranquille, con de chat ! »

Il entreprit de commencer le petit-déjeuner sans elle. Elle était peut être allée chercher le journal ? Oui, c'était sûrement ça.
« Mec, tu dois vraiment être accro à elle pour que tu t'inquiètes pour une broutille pareille. »

Il mâcha son pain perdu, l'air perplexe. Il n'était pas sucré.
« Bizarre... »

Il avait envie d'une bosse tasse de thé. Avant de rencontrer Lili, il ne buvait que du café; mais elle l'avait initié aux rites matinaux du thé, avec des biscuits anglais, comment s'appelaient-ils déjà ? Ah oui, les shortbreads. Succulents. Un peu gras, parce que pleins de beurre, mais vraiment succulents, oui oui.

Il pris une petite tasse de porcelaine, versa un peu d'eau, mis la tasse au micro-ondes. Il se dirigea vers la boîte de Lipton.
Miaou. Ta gueule.

A l'intérieur, un petit post-it jaune, plié en quatre.

« Lexie,
Ne t'inquiète pas comme ça, je suis juste allée acheter du sucre en poudre pour mon pain perdu. Je te déconseille de le goûter tel quel !
Je t'aime, espèce d'andouille. »


« Toi-même », murmura Alex dans sa barbe de trois jours. « Ouais, c'est toi l'andouille. »
Roulé par terre et les pattes en l'air, Socrate ne voulait plus de pâtée. Il regardait Alex en ronronnant d'allégresse.

# Posté le mercredi 20 janvier 2010 06:23

Modifié le samedi 23 janvier 2010 04:10

Queen & David Bowie - Cool cat

Queen & David Bowie - Cool cat




Une fin ?



Pour répondre à quelques questions :
Non, je n'arrête pas ce blog, je ne pourrais jamais m'empêcher d'écrire sur tout et n'importe quoi. Seulement voilà, en ce moment ce n'est vraiment pas la forme, et par conséquent l'inspiration n'est pas au beau fixe. Pour faire court, les doutes ont donné un coup de pied dans le derrière de mes livres et ont élu ma bibliothèque pour domicile.
Je posterai de temps à autres des articles ici, mais je ne peux pas garantir qu'ils soient aussi réguliers que je le voudrais. Si j'avais le courage, j'écrirais une histoire par jour. Malin comme régime. (An apple a day ? No, that is so corny ! I'd rather take a story per day !) Mais avec des si, on mettrait New York dans une canette de coca.
J'espère que tout va bien pour vous.
Take care.

# Posté le samedi 02 janvier 2010 11:46

Modifié le samedi 16 janvier 2010 16:07

Money - Pink Floyd

Money - Pink Floyd
Un petit groupe s'approcha du casino. Ils parlaient fort. Ils étaient six. Un homme, la cinquantaine, barbe poivre et sel, une cigarette à la main. Une femme, sans doute la sienne, le suivait de près. A son bras, une jeune fille, d'à peu près vingt ans, lui parlait à voix basse. Une vieille dame - sûrement octogénaire -, progressait sur la fine couche de neige grâce à une canne en bois verni. Elle discutait avec une autre femme, brune à lunettes. Et enfin, une jeune fille, à l'air blasé, fermait la marche.
Les portes coulissantes s'ouvrirent, on se débarrassa de sa parka, on retira les écharpes. Il faisait chaud. Ça sentait la transpiration et l'alcool. Deux hommes à l'entrée demandaient au petit groupe de leur montrer leurs cartes d'identité. Quand ce fut au tour de Garance, dix-huit ans à peine, l'homme sourit en voyant sa photographie, vieille de huit ans.
« Vous étiez tellement jeune... »
Garance grimaça. Elle n'aimait pas du tout cette photo. Elle avait des anglaises et des lunettes à monture rouge. Quand l'homme lui rendit sa carte, elle bredouilla un merci presque imperceptible.

La première salle - celle des machines à sous - était presque bondée. Garance trouva une machine libre, déposa ses affaires, puis retira un billet de vingt euros de son portefeuille. Elle s'approcha de l'accueil, d'un pas incertain. C'était la première fois qu'elle venait au casino, la première fois qu'elle n'était pas obligée d'attendre sur le parking, dans la voiture; pendant une demie heure, voire une heure.
« Bonjour ? »
La femme en face d'elle leva les yeux. Elle était très jolie. Une grande brune, la trentaine. Ses cheveux étaient ramenés sur le sommet de son crâne en un chignon désordonné, le genre de chignon que Garance n'arrivait pas à faire - à cause de ses cheveux très lisses, pendant sur ses épaules comme deux rideaux blonds, immobiles. Les lèvres de la femme en face d'elle se tendaient en un sourire. Et en plus de ça, elle a des dents superbes, soupira intérieurement Garance.
« Bonjour, que puis-je faire pour vous ? »
« J'aimerais avoir des jetons de cinquante centimes, s'il vous plaît. Pour vingt euros », répondit Garance en tendant son billet bleu.
La femme - Nathalie selon le badge, accroché sur son tailleur bleu foncé - lui donna un lourd pot en plastique noir, rempli de quarante petits jetons dorés.

Après avoir timidement remercié Nathalie, Garance se dirigea de nouveau vers sa machine. Installé confortablement sur son tabouret, elle commença à introduire les jetons, appuyer sur 'JOUER', et regarda pleine d'espoir les 7 et les Jackpot qui, comme s'ils le faisaient exprès, ne s'arrêtaient jamais sur la ligne de paiement. Et puis, de temps en temps, elle regardait dans sa case 'crédits' et vit avec surprise qu'elle avait gagné 66 crédits à la fin de la partie. 33 euros ! Quand il ne lui resta plus aucun jeton, elle appuya sur 'payer crédits' et les soixante-six jetons tombèrent de la machine à sous. Un bruit assez comique, parce qu'il était rythmé par une musique électronique provenant de la machine; une musique assez irritante, comme dans les films d'animation, quand le super héros parvenait à détruire le méchant.

Garance rassembla son argent dans son pot, et décida d'être raisonnable, de ne pas continuer à jouer. Elle vit sa grand-mère sur une machine à sous, l'air boudeur. Garance jeta un coup d'½il à ses crédits, esquissa un sourire. Granny n'avait que quatre crédits. A côté de la grand mère de Garance se trouvait un homme, bien enrobé, avec des lunettes en monture d'écaille, l'air impassible; et ses crédits s'élevaient à... 1065. Garance étouffa une exclamation. 532 euros. Et Garance se mit à rêver. Que faire avec 532 euros ? Elle s'imagina, flânant dans les rues, s'achetant tout et n'importe quoi, pour un oui ou pour un non... Quel délice !

Elle décida de rejoindre sa s½ur qui était assise près de la Roulette anglaise. Camille ne se mouillait pas, misant tantôt le rouge, tantôt le noir. La croupière de la Roulette était placide. Garance observa ses gestes. Elle jetait la boule argentée dans la grande roulette, attendait une vingtaine de secondes, puis disait doucement, machinalement 'Rien ne va plus'. Puis elle annonçait l'emplacement fatidique avec un air un peu sadique : 'Onze, noir'. Les jetons de Camille diminuaient à vue d'½il, avant de disparaître tout à fait. Elle se leva, l'air bougon, jura de ne plus jamais jouer.
De retour dans la salle des machines à sous, Garance chercha l'homme aux 1065 crédits et le vit, toujours assis devant la même machine. La curiosité a beau être un vilain défaut, Garance ne put s'empêcher d'aller jeter un coup d'½il. Elle vit avec stupeur que l'homme avait 22 crédits, qu'il avait tout rejoué.

Cinq minutes plus tard, l'homme laissa sa machine, prit son pot vide. Bredouille. L'air toujours aussi placide. Comme si tout allait bien.
Mais il avait tort. Rien ne va. Rien ne va plus.

# Posté le lundi 28 décembre 2009 06:07

Modifié le mardi 29 décembre 2009 04:50

I want you - Bob Dylan

 I want you - Bob Dylan
L'eau était chaude. Il avait coutume de prendre des bains très chauds. Il avait mis le nouvel album de Melody Gardot, parce qu'il savait qu'elle aimait bien cette voix très jazzy, rauque et douce à la fois... Et puis, il s'était emporté, avait disposé des bougies un peu partout, et au dernier moment, il se demanda si tout ne faisait pas trop cliché. Il allait s'extirper de la baignoire à pattes de lion, quand il entendit la porte claquer.
Lili déposa son chevalet et ses pochettes à croquis dans l'entrée. Elle enleva ses bottes, en manquant de tomber - comme toujours - et retira sa grosse écharpe en laine bleue marine. Il faisait chaud dans l'appartement. Ça sentait bon l'encens et le thé vert dans le living. On n'entendait que quelques bribes de musique.
« - Alex ! T'es où ?
- Je suis dans la salle de bains ! »
Pendant les dix secondes qui suivirent, Alex se demanda si elle n'allait pas se moquer de lui. Il ne savait pas comment elle allait réagir, il se tortillait, mal à l'aise, dans la baignoire qui grinçait.
Et puis la porte s'ouvrit.
Elle le vit alors, de la mousse jusqu'au ventre, et ses yeux d'un bleu perçant la regardaient, la guettaient, vérifiaient s'il avait bien fait ou non. C'est vrai que Lili était quand même assez imprévisible, riait ou pleurait d'un seul coup, sans prévenir; elle le rendait fou, mais ça lui plaisait.
Et elle ne dit rien. Elle resta, plantée là. Et puis, elle esquissa un sourire, lui dit : « Tu es fou ».
Et elle se déshabilla, enleva son cardigan, son pantalon, son soutien-gorge et son boxer en coton. En passant près de la baignoire, elle augmenta le volume de la chaîne hifi et commença à chanter tout doucement.

Alex la regarda, il se dit qu'il avait beaucoup de chance, en fin de compte. Elle mis une jambe dans l'eau, puis l'autre. Puis elle s'assit et frissonna.
« Tu veux me tuer ou quoi ? C'est brûlant ! »
Il lui sourit. Il n'avait toujours rien dit. Il la dévorait du regard. Elle avait de longs bras blancs, constellés de grains de beauté qu'il comptait quand elle dormait. Elle avait de ses yeux ! Des yeux verts, comme dans les dessins animés. Verts d'eau. C'était la fille aux yeux menthe à l'eau. Elle avait des cheveux un peu bouclés, blonds miel, qui tombaient sur ses petits seins. Des seins en forme de pommes.
Ils s'embrassèrent. C'était comme le premier jour. Elle se sentait comme devant un inconnu devant lequel elle se déshabillait pour la première fois. Pourtant, c'était Alex. Elle faisait sans cesse peau neuve avec lui. C'était pour ça qu'il lui plaisait.
« On devrait prendre des bains plus souvent... », dit Alex.
Lili partit d'un grand éclat de rire, puis elle se mit à tousser.
« Que se passe t-il ? », demanda Alex, interloqué.
« J'ai avalé de la mousse... », répondit Lili.
Alex à son tour, fut hilare. Il regardait Lili, les larmes aux yeux, qui ne semblait plus du tout amusée. La mine renfrognée, elle se mit tout au bout de la baignoire, et fit mine de l'ignorer.
« Tu vois, c'est pour ça que je t'aime... », lança Alex.
Ça y est, c'était dit. Ça a glissé de ses lèvres, c'est tombé comme un cheveu sur la soupe. Une fois de plus, il ne restait qu'à attendre la réaction de Lili. Une fois de plus, il se sentait mal à l'aise. Il sentit le rouge lui monter aux joues.
Alors, elle sourit.
« Qu'est ce que tu viens de dire ? »
« Rien. Je... rien d'important. »
Alex détournait le regard.Il ne pouvait pas la regarder dans les yeux. Lili se rapprocha de lui, lui déposa un baiser minuscule sur la tempe.
« Moi aussi je t'aime, Alex... »

Et dans leurs têtes, en même temps, ils se dirent : Oui, on devrait prendre des bains plus souvent.

# Posté le dimanche 29 novembre 2009 08:09

Modifié le jeudi 03 décembre 2009 05:16